sédimenter

Pendant le temps même de nos existences

Pendant le temps même de nos existences Pendant le temps même de nos existences, empreintes sur argile au noir de fumée, cire d’abeille, branche, 2024, installation de dimensions variables en relation avec Le voile d’Isis dans la Chapelle des Ursulines, Lannion, photo. Agence lalanterne.bzh, © ADAGP, Paris, 2025.

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Sculpture-paysage, Horizons

Une manière de regarder la lune Sculpture Paysage, Horizons, 2019, branches ramassées, fils de coton, épingles, bocaux donnés, sel, papier cristal, argiles prélévées, pierres récoltées, cire, réalisée à POLLEN, Monflanquin, photo. D.Delpoux, Tsama do Paço. Précédent Suivant Je travaille avec le paysage, avec son image, mais surtout sa matière et les artéfacts que l’on produit à partir de son espace ou de données informatives, comme les cartes. Je marche et regarde, puis ramasse. Je marche pour vivre et faire vivre des paysages. L’acte de marcher, pas à pas, au fur et à mesure est un déplacement de matières dans l’espace et le temps. Le corps laisse des empreintes, enregistre les atmosphères, collecte et emmène des traces. Lors de mes arpentages, je trouve le sujet et les matériaux: le sol, les pierres, les branches. Je les accepte tels qu’ils sont. Ce sont leurs caractéristiques visuelles et tactiles, physiques, qui donnent les directions. Je relève des détails seulement. J’invente ce qui est déjà présent en en décrivant différentes strates. C’est à la fois entrer dans un milieu par l’acte de marcher et l’explorer physiquement, mais aussi accompagner cette expérience sensible de connaissances scientifiques. Dans l’atelier, les couches de signes, de symboles, d’informations se juxtaposent à la matière. Différents îlots émergent parallèlement et se rencontrent pour former un ensemble. Les profils topographiques, les cartes, autant que les fragments prélevés sont des détails mais aussi , en eux-même, des paysages. L’installation proposée ici est une sculpture-paysage composée de divers éléments et plans successifs. C’est un paysage à plusieurs étages, fait de couches. Il est pluriel et paradoxal, tant par les matériaux utilisés que par les aspects de paysage qu’il contient. Sont assemblées par superpositions et juxtapositions diverses traductions formelles et sensibles de l’expérience de la marche. Chaque partie est liée au tout, chaque hétérogénéité est perçue comme une diversité coexistant avec les autres. Ceci est rendu visible autant par la sculpture de l’espace que par la proposition d’une fluidité des choses par leur changements multiples d’état dans le temps. Avec le temps tout est plastique et devient paysage. Texte d’exposition Le titre de l’exposition est inspiré d’un texte de Zhang Dai ( 1689- 1597 ). ‘’ il y a ceux qui mènent grand train et sont censés regarder la lune, mais en fait (…) ne la voient pas : c’est leur manière de regarder la lune’’. ‘’ il y a celles qui, parlant très fort, coulent des regards à gauche et à droite. La lune est au-dessus de leur tête, mais elles ne la regardent pas : c’est leur manière de regarder la lune’’. ‘’ il y a ceux qui savourent lentement une coupe de vin (…) accompagnés en sourdine par des flûtes et des luths (…). Ils regardent la lune, mais désirent surtout qu’on les regarde la regarder : c’est leur manière de regarder la lune’’. « il y a ceux qui simulent l’ivresse et improvisent des chansons. Ils regardent à la fois la lune, ceux qui la regardent et ceux qui ne la regardent pas, mais en fait il ne regarde rien : c’est leur manière de regarder la lune’’. ‘’ Des coupes en porcelaine blanche circulent silencieusement entre des amis de bonne compagnie assis ensemble au clair de lune (…). Ils regardent la lune, mais comme personne ne les voit la regarder, ils n’ont pas à montrer qu’ils la regardent : c’est leur manière de regarder la lune.’’                                                                                                                                                                                                                                                                   Augustin Berque, Les raisons du paysage de la Chine antique aux environnements de synthèse, Éd.Hazan, 1995, p.77-78. Je vous propose de randonner avec les yeux. 1). Après avoir franchi la porte d’entrée, laisser la rue derrière vous et virer légèrement vers la gauche en, contournant un point de vue sur le sol ( variante 3 bis ), le long d’un mur blanc. Poursuivre jusqu’au point d’observation que vous souhaitez sur l’espace sculpté à votre droite. Attention, sur ce passage un projecteur fait obstacle. Tourner sur vous même dans cette direction. Au premier plan, une ligne de branches fait relief. Puis, quatre lignes, que le regard sépare ou brouille, amplifient la profondeur horizontalement tout en ajoutant un étagement vertical. Une ligne fait horizon, à plusieurs, elles deviennent paysage. La succession de lignes offre au regard différents possibles dans des jeux de « devant-proches » et de « derrières-lointain ». Les branches d’un arbre sont, pour moi, riches de paysages invisibles. L’oeil passe entre les plans, peut intervertir ceux-ci, ou divaguer en engageant le corps également dans des déplacements: plus-haut ou plus-bas, plus à droite ou plus à gauche. Nous sommes pris dans un paradoxe, car si nous semblons être invité à entrer, nous risquons, par cet acte de détruire l’équilibre précaire dans lequel chaque branche se trouve et grâce auquel elle se lie aux autres. La seule présence de l’horizon instaure celle de paradoxe.Cette ligne imaginaire échappe au langage de la logique et s’exprime par des termes opposés: « frontière-ouvrante ». J’aime cette diversité mouvante du paysage et l’infinité de perspectives nouvelles sur le monde offert par la ligne d’horizon. 2). Laisser le regard dépasser les lignes de branches et s’enfoncer jusqu’au mur du fond. Une autre ligne trace un relief au moyen d’épingles et de fil. Il s’agit des dénivelés de profils topographiques correspondants aux marches autour de Monflanquin, Paulhiac, Gavaudun, Lacapelle-Biron, Blanqueforts-sur-Briolance et Sauveterre-la-Lémance. La marche permet de faire l’expérience de la mouvance de l’horizon. C’est le sol, surélevé à la hauteur du regard qui devient horizon. Le sol découpe un contour dans le ciel. Les déplacements de la ligne d’horizon d’un plan à un autre provoqué par la succession de lignes se poursuit par un autre mouvement, temporel cette fois. Si le regard descend jusqu’au sol, en bas des fils, au niveau des bocaux en verre, une contamination blanchâtre propose un paysage supplémentaire. Cet élément blanc est du sel. Il est contenu dans les bocaux pleins d’eau sursaturée. Les fils bleus qui y trempent sont tendus par de petits paquets de déchets. Quelque chose d’invisible se passe en dessous. Cristallisant et grimpant verticalement le long des fils

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Uchronie géologique

Uchronie géologique, les gestes qui sédimentent Uchronie géologique 43°51’46.9’’N 1°30’10.1’’E: mégalithe où méga = petit et litho = fragment, avril 2018, fragments de verre, cire, miroir, 90 x 210 x 35 cm. Précédent Suivant Là où le verre respire Le verre peut se briser, il est la matérialité du fragile. Sa physicalité porte la potentialité de la fracture. Au niveau de la brèche, de la faille, des bords écorchés, à vif, on devine la chute, l’acte de violence. C’est là que j’ai décidé d’oeuvrer, là où le verre respire. Comme le verre, nous sommes fragiles, nous portons les potentialités de la chute et de la fracture. La fragilité est constitutive de l’humain, de la condition humaine. Elle est quotidiennement refoulée mais elle resurgit dans cette attirance pour les ruines. Le dépôt d’or vient orner la chute, la feuille d’or révèle le trait. Le bord, profondeur du contour, épaisseur de l’interstice. Il reçoit aussi la cire chaude, grasse, le fluide chair qui sédimente. Cette matière est un absolu, elle navigue entre les règnes : animal, végétal, minéral. À partir des bords, vers le vide, à l’inframince, peuvent aussi s’inventer des extensions, des prolongations, une croissance, ou encore un dessous, un sous le fragment, tel un iceberg, un arbre, toute surface de la biosphère possédant une profondeur insoupçonnée. Les gestes se font temps, fluide, ils sédimentent. Il y a du géologique dans ce minuscule, dans cet infime, dans cette lente mais infinie répétition. La sculpture est une histoire de couches et de gouttes. Les strates s’accumulent, l’artiste se prête au fluide, cherche la sculpture liquide. Le fragment devient coquillage, fossile, minéral ou même paysage. Cela indépendamment de sa taille, on passe d’une échelle à l’autre, mais il est toujours question de temps et de ce qui se dépose. Le fragment est tout, le détail comme l’ensemble. Le paradoxe du fragment, témoin de la perte d’une totalité mais en même temps parcelle absolue, apparaît encore sur la tranche, là où il y a coupure. La brèche montre le manque. Le verre lui-même est dans sa matérialité paradoxe, sa transparence le dissout dans le tout environnant, qui lui passe à travers. Regarder dessous jusqu’à inverser, mettre le paysage à l’envers et la coulée vers le haut… L’empreinte de la forme dessine d’infinies possibilités de prises de forme. Le lien entre les temps est ainsi fait. Un ensemble d’êtres nouveaux naissent par symétries, translations, rotations du module fragment, de sa forme empreinte. Il peut aussi par sa présence, sa physicalité créer les ondes d’une forme en cristallisation chez les tissus pierre. Chacune de ces unités, issues d’une violence faite à une totalité précédente, devient un tout, l’outil, l’atome d’un monde nouveau. Le fragment devient un motif, une particule élémentaire, en plus d’être un pont, point de suture entre passé et futur.

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Tissus fossiles

Les gestes qui sédimentent, Tissus fossiles Tissus fossiles, avril 2018, fragments de verre, tissus, série d’éléments de dimensions variables. Précédent Suivant Résidence de recherche à Villemur sur Tarn Ce projet a été commencé lors d’une résidence à Villemur sur Tarn en 2018 en lien avec le contexte. Il fait partie d’une recherche à propos des gestes qui sédimentent. Les gestes qui sédimentent Les gestes qui sédimentent La plasticité du monde est un terrain de jeux pour la création. Prélève des processus d’apparition de formes à ré-inventer dans l’atelier, explore la beauté des cartes, cherche la poétique du temps géologique, empreinte les matières du monde… Quel est le devenir-paysage de la matière transformée par la nature humaine? Comment faire œuvre que ce soit en sculpture ou en dessin, par des gestes qui sédimentent, par le devenir volume de la surface? Autrement dit, comment sculpter et dessiner par strates, par sédimentation, par accumulation d’un infime phénomène dans le temps? Comment cet infime, ce presque non visible devient un principe modelant? La sédimentation m’intéresse car la forme change de genèse. Elle émerge des interactions de couches, à la fois au niveau de la matière même de la forme qu’à celui de l’ensemble des éléments convoqués pour la naissance d’une oeuvre. L’accumulation de surfaces devient profondeur ou croissance. La sculpture devient une histoire de couches et de gouttes. L’artiste se prête au fluide. Et cette fluidité fait paysage. La superposition s’étend à différents niveaux. Puisque nous questionnons le réel par différents angles et disciplines, la matière investit diverses représentations. Elle se juxtapose à des couches de savoirs, de signes dont les symboles, d’informations à la fois scientifiques et poétiques. Cet ensemble d’hétérogénéités liées se déployant dans différentes directions selon des principes de croissance et de contamination, fait apparaître un archipel, une cartographie spatialement et temporellement. Les superpositions, enchevêtrements et télescopages génèrent des complexes, dont la poétique doit nous faire partager le mystère du réel. Je les nomme sculpture-paysage. La sculpture y est un cadre temporel où a lieu une sédimentation. Étant imprégnée par les notions de fluidité et d’immersion, il s’agit aussi de tenter d’être eau, d’être temps; d’être une force agissante transformant la matière en éléments pouvant former un paysage, d’être Nature et d’en inventer se faisant des formes ontologiques. Quel sublime se cache dans l’ère de l’Anthropocène? Qu’est-ce ce moment de l’histoire de la Terre auquel l’humain devient force géologique et marque de son activité consommatrice les couches géologiques profondes? Effet collatéral de l’ empreinte à laquelle s’ajoute l’accumulation de déchets en un paysage artificiel envahissant, se substituant au Naturel? Je choisi de faire l’hypothèse d’un humain symbiotique comme autre alternative à un Univers sans l’homme. L ’artiste tente alors une approche inspirée d’autres cultures, du génie naturel et invente d’ autres rapports au monde. Il tente une expérience poétique; celle du temps géologique par des gestes qui sédimentent.  Comme chaque espèce, débattre à nouveau le contrat du monde et devenir. Voir la vidéo à propos de la résidence

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Écocide en aquarium

Écocide en aquarium Écocide en aquarium à l’Acétate de Cuivre, 2019, hêtre, aquarium, cire, acétate de cuivre, Aquarium de diamètre 30 cm posé sur un tronc de hauteur 134 cm,                     Atelier Blanc, Villefranche-de-Rouergue.   Précédent Suivant Résidence de recherche à l’Atelier Blanc Écocide en aquarium à l’Acétate de Cuivre, 2019, hêtre, aquarium, cire, acétate de cuivre, aquarium de diamètre 30 cm posé sur un tronc de hauteur 134 cm, Atelier Blanc, Villefranche-de-Rouergue. Les légendes de l’exposition Projet sur l’idée de pureté de l’eau L’ eau pure n’existe pas à l’état naturel. Le liquide devient alors une espèce chimique artificielle de laboratoire confiné ne contenant rien d’autre que sa molécule H2O. La substance primordiale dénudée demeure pourtant multiple, double. Le solvant isolé a la liaison hydrogène ceinturée. La pureté de l’eau prend un premier sens lié au sacré dans cette impossibilité où le spirituel bâti une quête. De nombreuses eaux se succèdent ensuite du propre au potable. Les eaux purifiées ou les eaux purifiantes sont en réalité des eaux contaminées, des eaux souillées, des mélanges. La pureté est la dissolution. Un deuxième sens, lorsque l’on associe l’eau à la pureté, élève l’eau à l’état de substance sacrée puisque rare et précieuse autant qu’indispensable. C’est l’eau qui purifie, c’est-à-dire lave, nettoie, rince. Elle purifie… autrement formulé; elle dissout et emporte ailleurs. L’accueil infini de l’eau est sacré. Mais c’est en souillant l’eau que la pureté se fait. Naissent les eaux impures, colorées, odorantes, visqueuses, chargées de composés, de contaminants, de polluants. Entre pure et impure il y a un déplacement d’eau, un voyage. Ces eaux rêvent des paysages dont elles sont la géologie. Qu’elles sont les formes et les textures de ces fluides? Qu’est-ce que l’eau fait à la forme? À la matière? Quelles traces recueille – t – on? Ces eaux génèrent des formes, elles dessinent et elles sculptent au cours d’étranges rituels de purification. Il n’est pas exclusivement question d’ un enregistrement de la substance, mais d’ une tentative de symbiose. C’est l’eau dont nous sommes fait qui dessine et sculpte. La matière liquide, elle-même, porte la notion de fluidité. Elle, qui s’imprègne constamment de tant, de tout, sans jamais oublier son être eau. Universelle par son constant refus de pureté. J’évoquerais les eaux plutôt que l’eau au singulier. Il me semble qu’elle n’existe qu’au pluriel. Les éléments multiples s ‘abandonnent à elle, pour être portés puis déposés en forme quelque part en de nouvelles configurations. L’eau génère les formes. Elle même, informe, peut les prendre toutes. Et dans son adhérence aux surfaces, elle peut les montrer toutes. La substance informe par gonflement, goutte ou structure autant par sa présence effective que par les dépôts de son passage. Car l’eau liquide partout disparaît, elle gonfle et s’évapore. Dans cette métamorphose, dernière auto-purification, le changement de phase libère la molécule. Les flots laissent des restes dans un ultime geste de beauté. Les ornements fossiles de son passage sont presque les témoins d’un sacrifice: le refroidissement offert par l’évaporation… Jusqu’au prochain nuage. Mon exploration aqueuse est constituée de gestes essentiels et fragiles. Ils se parent en même temps d’une dimension poétique et symbolique, empruntant à différents temps. De cet anachronisme réuni naît, entre image brute et figuration, un autre dire de l’eau, une compréhension subjective, intime et poétique du monde. L’eau accentue de plus la dimension temporelle de l’oeuvre. Elle fait entrer d’autres temps, un temps minéral, celui de la vie de l’eau dont le voyage géologique lui a apporté sa composition; un temps physique, terrestre, de la vie de la terre et de son climat affectant les états de l’eau et un temps cyclique lié à sa participation aux vivants. L’oeuvre s’inscrit dans un temps géologique, fait avec la sédimentation. C’est par là que je cherche les formes de la fluidité, d’un être artiste fluide. L’eau est mon aide, par la présence poétique de sa matière et par son expérimentation sensible. Elle est une collaboratrice, une énergie vitale, communiant avec l’eau des choses et des êtres. C’est l’eau pour elle-même… Tsama do Paço

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