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Si le temps l’emporte sur l’espace – Résidence ARTU

Si le temps l’emporte sur l’espace – En friches Arrivée        Premiers jours de résidence, il neige à Lille et les rudérales modèlent la couche blanche. Précédent Suivant Le travail de Tsama do Paço part à la découverte du monde dont nous héritons, afin de cultiver des alliances avec lesquelles composter d’autres possibles, écrire d’autres mythes, réinventer des cosmogonies et transformer les représentations. Artiste et herboriste, arpenteuse tactile, marcheuse, cueilleuse, elle sème et récolte des histoires et des présences. C’est par le contact avec les végétaux, le sens du toucher prolongé par l’empreinte et la recherche d’autres façons de penser et représenter le paysage qu’elle propose de s’inscrire dans le sillage d’une tendance actuelle qui cherche à reprendre collectivement contact avec le monde, à comprendre l’exigence de réciprocité de l’homme envers les autres existants de la planète. Sa recherche consiste en une expérience de co-habitation avec les végétaux et l’invention de techniques d’empreintes végétales traduisant et partageant par la production d’oeuvres les enseignements d’un tel tissage. Par l’expérience de l’immersion et des échanges réciproques, elle cherche à reconnaître ce vivant végétal, et à donner à ressentir les liens que nous entretenons plus ou moins consciemment: comme la respiration est liée à la photosynthèse, la consommation d’un fruit est liée à la reproduction d’un arbre ou d’une baie, ou encore le parfum, le pouvoir médicinal de certaines plantes peut être mis en relation avec l’utilisation par les plantes des composés chimiques pour se défendre, communiquer… Par des jeux d’échelles, de lumières, de formes, de textures et de matières, les plantes se révèlent comme paysage. Il s’agit de nommer le paysage par ce qui le constitue, ce qui vient du monde, sans s’en extraire ni l’abstraire. Les caractéristiques de l’empreinte en font une investigation poétique du mystère du réel, support d’une pensée et d’une sensibilité renouvelée. En tant que zone délaissée, les zones de Tiers paysage échappent aux entreprises humaines de gestion et en cela s’ensauvagent. Pour l’artiste elles évoquent un autre paysage, une chimère entremêlant le domestique et le sauvage, en un « complexe-paysage » vivant, en devenir, l’oeuvre elle-même, non « finissable », car mouvante, en métamorphose et réinvention permanente, source-s d’oeuvres-traces, d’empreintes, d’images-instants. Les gestes artistiques de Tsama sont ceux d’un monde qui à changé, fait de vivants et non d’objets, dans lequel les sols et la zone critique des vivants nous permettent de penser notre manière d’habiter « avec », notamment les marges, les chutes produites par toute anthropisation. En ensemençant les lisières, son art nous rendra sensible à la beauté des paillis, aux laitues et navets montés en graines, aux compostages, aux plantes sauvages, adventices, messicoles, commensales et de friches, herbes folles et mauvaises, aux communautés-cortèges de plantes, aux histoires qu’elles racontent en tant que bio-indicatrice de l’état du sol, de leur chronologie de succession de pionnière à la forêt. Entremêlant les plantes sauvages à d’autres plus ou moins cultivées ou re-introduites, présentées comme mellifères, aromatiques, médicinales, comestibles, tinctoriales… Tsama do Paço invite à voir, à sentir, à gouter, à entendre, à toucher les plantes, présentent sous d’innombrables formes dans toutes les activités humaines. Herbier de friche        Singulariser dans le vert. Travail en cours, les données botaniques seront peu à peu élargies par d’autres approches, d’autres savoirs….  Les nombreuses images utilisées proviennent surtout de recherches sur le net (BNF,  INPN, Tela-Botanica, flore-en-ligne … ). Je remercie notamment Pierre Goujon pour les images qu’il prête généreusement pour la réalisation des affiches liées.   Précédent Suivant Chelidonium majus Hypericum perforatum Cirsium vulgare Tussilago farfara Arctium lappa Plantago lanceolata Dipsacus fullonum Filipendula ulmaria Taraxacum officinale Achillea millefolium Précédent Suivant A taste of the Landscape Un goût du paysage / Repas et atelier de transformation de plantes comestibles en encre et peinture. « Alchimistes, chercheurs, sorcières et magiciennes, vous êtes invités par la Maison Internationale et la Direction Culture à l’événement :A Taste of the Landscape, le vendredi 26 janvier de 12h à 16h Carotte, noix, betterave ? Quelle est la forme de leur fleur, feuille ou graine ? Quelles sont leurs couleurs ? L’artiste Tsama do Paço ( @arpenteusetactile ) en résidence ARTU à l’Université de Lille, vous invite a partager un repas gourmand et coloré. Venez découvrir les couleurs cachées dans les plantes comestibles. Après l’expérience de leur goût, vous pourrez extraire les couleurs des légumes, fruits, épices et quelques surprises. «  A taste of the Landscape Précédent Suivant Précédent Suivant Exposition dans la BU de la Faculté de Droit pendant le mois de février… En lien avec une magnifique bibliographie… Finissage lors d’une projection de The Rights of Nature, A Global Movement, de Issac Goeckeritz le 14 février à 17 heure. Précédent Suivant Premier jour du Workshop à la Faculté Art Plastique… On découvre comment faire ses propres couleurs… avec des plantes … Mi-temps       Si le temps l’emporte sur l’espace, parlement pour les friches, premier temps Si le temps l’emporte sur l’espace naît au contact de l’Université, territoire où se déploie et se questionne le Tiers paysage, à même les friches, bordures, marges, espaces verts…. Territoire fragmenté de pratiques d’approches et de compréhensions du monde multiples: sciences naturelles, botanistes ou pédologues, juristes, philosophes, paysagistes, artistes… En friche, il s’y trouve des savoirs et des compétences d’attention, des acteurs et des agissants en devenir, autant de possibilités d’élargir nos points de vue, d’inventer des chemins pour raviver nos relations avec d’autres vivants. Est énoncée une invitation à la communauté universitaire à tisser les fils du paysage, à porter attention, à construire des cabanes, à jardiner des possibles, à raconter d’autres histoires, de terres troubles et de relations en devenir, d’interdépendances, à infléchir la pratique et l’action afin de revitaliser nos relations à l’altérité des corps vivants. Depuis la friche et grâce à elle, apprendre à voir les signes et les présences, dans les singularités du vert. Depuis le corps des plantes qui y engendrent par leurs êtres des mondes habitables. Depuis ce que le végétal fait dans le temps sur le technosol, dans l’épaisseur des ruines.Depuis ce rien, apprendre à voir,

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HOLOBIONTES

HOLOBIONTES Holobiontes, ensemencer la lisière, année 1 à 2, 2025, plantes sur tissu, H: 290 x 300 cm, percale, Chapelle des Ursulines, Lannion, ©Agence lalanterne.bzh, ©Adagp, Paris, 2025. Holobiontes, novembre 2022 en Trégor, coton mordancé et engallé, plantes herbacées, 1 m x 2,60 m. HOLOBIONTES ET PHYTOGÉOGRAPHIES Holobiontes est le déroulé d’un paysage suspendu. Le titre empreinte ce terme à Donna Haraway. Il désigne les êtres composites, les complexes, un ensemble d’êtres vivants en symbiose, de vivants entremêlés. Le paysage empreinté est composé de l’empreinte de la strate herbacée, couleur, forme et textures sont incrustées dans le tissu. Les plantes locales, les végétaux d’un lieu-milieu sont prélevés in situ lors d’arpentages. Ce sont des cartes, situées spatialement et temporellement, localisées et saisonnières, des phytogéographies. Il s’y concentre, tout en s’y succédant les différentes biocénoses végétales rencontrées lors de marches localement. Cette couche, qui se trouve très proche du sol, est souvent aperçue comme un aplat vert de diverses densités et ponctué parfois de tâches colorées florales… Au niveau du regard la strate se dévoile et étale de façon panoramique ses diverses espèces végétales tout en en déployant la richesse de formes et de couleurs. Explorer le végétal est un voyage. Un végétal est presque un autre univers, tout y existe d’une autre façon. Dans cette oeuvre et plus généralement dans mon travail, l’homme et son lien au vivant est exploré par le biais d’une expérience haptique. Le toucher est la source d’une connaissance-connivence par laquelle se découvrent et s’inventent de multiples relations. Le sens du toucher réduit la distance et étoffe les relations possibles. Déployé pour cultiver notre sensibilité aux végétaux, il révèle leur dimension systémique. Ainsi, l’inventaire réalisé par le recueil de formes in situ n’isole pas chaque plante comme dans les herbiers, mais compose avec toutes les autres une frise complexe, un paysage, sorte d’inventaire écosystémique. Un jeu de symétrie binaire conserve les deux faces de chaque élément de la plante, perturbe les repères de ce nouvel étagement de la végétation et emporte les plantes dans des jeux de métamorphoses.L’empreinte véhicule ainsi des notions intéressantes. Elle peut être le support d’une pensée et d’une sensibilité renouvelée. Chaque invention et déploiement de l’empreinte invite au renouvellement de nos modes de relations avec la pluralité des existences qui font monde avec nous. L’empreinte est une survivance technique. À la fois archaïque, rudimentaire et constamment réinventée, elle offre des expériences de la relation intuitive entre geste et matière. Toujours expérience de la relation entre divers éléments, ou encore synergie entre de multiples facteurs physico-chimiques, cette technique permet une expérience matérielle ouverte laissant place au surgissement. Ici l’empreinte cherche à recueillir des présences. Elle constitue avec l’ensemble des processus mis en oeuvre ( marche, récolte, déploiement spatial… ) un dispositif de captage adhérant au réel afin de brancher la représentation au vital. L’oeuvre évoque un monde qui ne se résume pas, mais se déploie, se détaille, à l’aide d’un regard incorporant la tactilité des choses. Recherches    Exemple de paysage « empreinté » en mai 2021 dans les Cévennes.    Tissu de coton mordancé à l’alun, 60 cm x 3 m. HOLOBIONTES – Ensemencer la lisière- Année 0 à 1    Holobiontes, Ensemencer la lisière – Année 0 à 1, travail en cours photographié dans l’atelier, 2023, coton mordancé, plantes, 1,30 m x 2 m, © Adagp, Paris, 2024.

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Sculpture-paysage, Horizons

Une manière de regarder la lune Sculpture Paysage, Horizons, 2019, branches ramassées, fils de coton, épingles, bocaux donnés, sel, papier cristal, argiles prélévées, pierres récoltées, cire, réalisée à POLLEN, Monflanquin, photo. D.Delpoux, Tsama do Paço. Précédent Suivant Je travaille avec le paysage, avec son image, mais surtout sa matière et les artéfacts que l’on produit à partir de son espace ou de données informatives, comme les cartes. Je marche et regarde, puis ramasse. Je marche pour vivre et faire vivre des paysages. L’acte de marcher, pas à pas, au fur et à mesure est un déplacement de matières dans l’espace et le temps. Le corps laisse des empreintes, enregistre les atmosphères, collecte et emmène des traces. Lors de mes arpentages, je trouve le sujet et les matériaux: le sol, les pierres, les branches. Je les accepte tels qu’ils sont. Ce sont leurs caractéristiques visuelles et tactiles, physiques, qui donnent les directions. Je relève des détails seulement. J’invente ce qui est déjà présent en en décrivant différentes strates. C’est à la fois entrer dans un milieu par l’acte de marcher et l’explorer physiquement, mais aussi accompagner cette expérience sensible de connaissances scientifiques. Dans l’atelier, les couches de signes, de symboles, d’informations se juxtaposent à la matière. Différents îlots émergent parallèlement et se rencontrent pour former un ensemble. Les profils topographiques, les cartes, autant que les fragments prélevés sont des détails mais aussi , en eux-même, des paysages. L’installation proposée ici est une sculpture-paysage composée de divers éléments et plans successifs. C’est un paysage à plusieurs étages, fait de couches. Il est pluriel et paradoxal, tant par les matériaux utilisés que par les aspects de paysage qu’il contient. Sont assemblées par superpositions et juxtapositions diverses traductions formelles et sensibles de l’expérience de la marche. Chaque partie est liée au tout, chaque hétérogénéité est perçue comme une diversité coexistant avec les autres. Ceci est rendu visible autant par la sculpture de l’espace que par la proposition d’une fluidité des choses par leur changements multiples d’état dans le temps. Avec le temps tout est plastique et devient paysage. Texte d’exposition Le titre de l’exposition est inspiré d’un texte de Zhang Dai ( 1689- 1597 ). ‘’ il y a ceux qui mènent grand train et sont censés regarder la lune, mais en fait (…) ne la voient pas : c’est leur manière de regarder la lune’’. ‘’ il y a celles qui, parlant très fort, coulent des regards à gauche et à droite. La lune est au-dessus de leur tête, mais elles ne la regardent pas : c’est leur manière de regarder la lune’’. ‘’ il y a ceux qui savourent lentement une coupe de vin (…) accompagnés en sourdine par des flûtes et des luths (…). Ils regardent la lune, mais désirent surtout qu’on les regarde la regarder : c’est leur manière de regarder la lune’’. « il y a ceux qui simulent l’ivresse et improvisent des chansons. Ils regardent à la fois la lune, ceux qui la regardent et ceux qui ne la regardent pas, mais en fait il ne regarde rien : c’est leur manière de regarder la lune’’. ‘’ Des coupes en porcelaine blanche circulent silencieusement entre des amis de bonne compagnie assis ensemble au clair de lune (…). Ils regardent la lune, mais comme personne ne les voit la regarder, ils n’ont pas à montrer qu’ils la regardent : c’est leur manière de regarder la lune.’’                                                                                                                                                                                                                                                                   Augustin Berque, Les raisons du paysage de la Chine antique aux environnements de synthèse, Éd.Hazan, 1995, p.77-78. Je vous propose de randonner avec les yeux. 1). Après avoir franchi la porte d’entrée, laisser la rue derrière vous et virer légèrement vers la gauche en, contournant un point de vue sur le sol ( variante 3 bis ), le long d’un mur blanc. Poursuivre jusqu’au point d’observation que vous souhaitez sur l’espace sculpté à votre droite. Attention, sur ce passage un projecteur fait obstacle. Tourner sur vous même dans cette direction. Au premier plan, une ligne de branches fait relief. Puis, quatre lignes, que le regard sépare ou brouille, amplifient la profondeur horizontalement tout en ajoutant un étagement vertical. Une ligne fait horizon, à plusieurs, elles deviennent paysage. La succession de lignes offre au regard différents possibles dans des jeux de « devant-proches » et de « derrières-lointain ». Les branches d’un arbre sont, pour moi, riches de paysages invisibles. L’oeil passe entre les plans, peut intervertir ceux-ci, ou divaguer en engageant le corps également dans des déplacements: plus-haut ou plus-bas, plus à droite ou plus à gauche. Nous sommes pris dans un paradoxe, car si nous semblons être invité à entrer, nous risquons, par cet acte de détruire l’équilibre précaire dans lequel chaque branche se trouve et grâce auquel elle se lie aux autres. La seule présence de l’horizon instaure celle de paradoxe.Cette ligne imaginaire échappe au langage de la logique et s’exprime par des termes opposés: « frontière-ouvrante ». J’aime cette diversité mouvante du paysage et l’infinité de perspectives nouvelles sur le monde offert par la ligne d’horizon. 2). Laisser le regard dépasser les lignes de branches et s’enfoncer jusqu’au mur du fond. Une autre ligne trace un relief au moyen d’épingles et de fil. Il s’agit des dénivelés de profils topographiques correspondants aux marches autour de Monflanquin, Paulhiac, Gavaudun, Lacapelle-Biron, Blanqueforts-sur-Briolance et Sauveterre-la-Lémance. La marche permet de faire l’expérience de la mouvance de l’horizon. C’est le sol, surélevé à la hauteur du regard qui devient horizon. Le sol découpe un contour dans le ciel. Les déplacements de la ligne d’horizon d’un plan à un autre provoqué par la succession de lignes se poursuit par un autre mouvement, temporel cette fois. Si le regard descend jusqu’au sol, en bas des fils, au niveau des bocaux en verre, une contamination blanchâtre propose un paysage supplémentaire. Cet élément blanc est du sel. Il est contenu dans les bocaux pleins d’eau sursaturée. Les fils bleus qui y trempent sont tendus par de petits paquets de déchets. Quelque chose d’invisible se passe en dessous. Cristallisant et grimpant verticalement le long des fils

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Elle s’effondre sans cesse, version épidermique

Elle s’effondre sans cesse, version épidermique Elle s’effondre sans cesse / Version épidermique, 2019, eau, latex, argile, fil de coton, métal, variation des dimensions de l’étalement au sol autour de la structure 100 x 150 x 201 cm, Précédent Suivant Réactivation pour la cave La Clef du Récit, Vinon L’activation de cette pièce a été réalisée dans le cadre de la manifestation allons voir! lors de Bourges Contemporain 2021 et sous le commissariat de Gunther Ludwig. Elle s’effondre sans cesse / Version épidermique La poche membrane comme une peau, un ventre, tendue par l’eau le liquide mère, l’origine qui toujours se réinvente l’eau matrice, l’eau maternelle. Un organe tatoué, comme une carte sur un parchemin, troué, gouttant, s’effondrant une surface traversée par l’eau alimentant la terre l’eau parcourt Goutte un instant suspendue chute, pluie, source surplombant une autre peau, autre carte, territoire nouveau en transformation qui respire d’eau L’argile se dissout, durcit, fracture absorption, dissolution évaporation, craquèlement L’eau disparaît, s’évapore ou se faufile, chemine sa gravité, à la fois vers le ciel et vers le noyau, haut et bas, diffusion et concentration. La terre se fend, le sol craquelle et l’eau toujours s’enfuit. La sculpture est en devenir, son temps de vie dépend de l’eau, un cycle, deux, trois, etc., selon l’apport, selon la pluie.

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Uchronie géologique

Uchronie géologique, les gestes qui sédimentent Uchronie géologique 43°51’46.9’’N 1°30’10.1’’E: mégalithe où méga = petit et litho = fragment, avril 2018, fragments de verre, cire, miroir, 90 x 210 x 35 cm. Précédent Suivant Là où le verre respire Le verre peut se briser, il est la matérialité du fragile. Sa physicalité porte la potentialité de la fracture. Au niveau de la brèche, de la faille, des bords écorchés, à vif, on devine la chute, l’acte de violence. C’est là que j’ai décidé d’oeuvrer, là où le verre respire. Comme le verre, nous sommes fragiles, nous portons les potentialités de la chute et de la fracture. La fragilité est constitutive de l’humain, de la condition humaine. Elle est quotidiennement refoulée mais elle resurgit dans cette attirance pour les ruines. Le dépôt d’or vient orner la chute, la feuille d’or révèle le trait. Le bord, profondeur du contour, épaisseur de l’interstice. Il reçoit aussi la cire chaude, grasse, le fluide chair qui sédimente. Cette matière est un absolu, elle navigue entre les règnes : animal, végétal, minéral. À partir des bords, vers le vide, à l’inframince, peuvent aussi s’inventer des extensions, des prolongations, une croissance, ou encore un dessous, un sous le fragment, tel un iceberg, un arbre, toute surface de la biosphère possédant une profondeur insoupçonnée. Les gestes se font temps, fluide, ils sédimentent. Il y a du géologique dans ce minuscule, dans cet infime, dans cette lente mais infinie répétition. La sculpture est une histoire de couches et de gouttes. Les strates s’accumulent, l’artiste se prête au fluide, cherche la sculpture liquide. Le fragment devient coquillage, fossile, minéral ou même paysage. Cela indépendamment de sa taille, on passe d’une échelle à l’autre, mais il est toujours question de temps et de ce qui se dépose. Le fragment est tout, le détail comme l’ensemble. Le paradoxe du fragment, témoin de la perte d’une totalité mais en même temps parcelle absolue, apparaît encore sur la tranche, là où il y a coupure. La brèche montre le manque. Le verre lui-même est dans sa matérialité paradoxe, sa transparence le dissout dans le tout environnant, qui lui passe à travers. Regarder dessous jusqu’à inverser, mettre le paysage à l’envers et la coulée vers le haut… L’empreinte de la forme dessine d’infinies possibilités de prises de forme. Le lien entre les temps est ainsi fait. Un ensemble d’êtres nouveaux naissent par symétries, translations, rotations du module fragment, de sa forme empreinte. Il peut aussi par sa présence, sa physicalité créer les ondes d’une forme en cristallisation chez les tissus pierre. Chacune de ces unités, issues d’une violence faite à une totalité précédente, devient un tout, l’outil, l’atome d’un monde nouveau. Le fragment devient un motif, une particule élémentaire, en plus d’être un pont, point de suture entre passé et futur.

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Tissus fossiles

Les gestes qui sédimentent, Tissus fossiles Tissus fossiles, avril 2018, fragments de verre, tissus, série d’éléments de dimensions variables. Précédent Suivant Résidence de recherche à Villemur sur Tarn Ce projet a été commencé lors d’une résidence à Villemur sur Tarn en 2018 en lien avec le contexte. Il fait partie d’une recherche à propos des gestes qui sédimentent. Les gestes qui sédimentent Les gestes qui sédimentent La plasticité du monde est un terrain de jeux pour la création. Prélève des processus d’apparition de formes à ré-inventer dans l’atelier, explore la beauté des cartes, cherche la poétique du temps géologique, empreinte les matières du monde… Quel est le devenir-paysage de la matière transformée par la nature humaine? Comment faire œuvre que ce soit en sculpture ou en dessin, par des gestes qui sédimentent, par le devenir volume de la surface? Autrement dit, comment sculpter et dessiner par strates, par sédimentation, par accumulation d’un infime phénomène dans le temps? Comment cet infime, ce presque non visible devient un principe modelant? La sédimentation m’intéresse car la forme change de genèse. Elle émerge des interactions de couches, à la fois au niveau de la matière même de la forme qu’à celui de l’ensemble des éléments convoqués pour la naissance d’une oeuvre. L’accumulation de surfaces devient profondeur ou croissance. La sculpture devient une histoire de couches et de gouttes. L’artiste se prête au fluide. Et cette fluidité fait paysage. La superposition s’étend à différents niveaux. Puisque nous questionnons le réel par différents angles et disciplines, la matière investit diverses représentations. Elle se juxtapose à des couches de savoirs, de signes dont les symboles, d’informations à la fois scientifiques et poétiques. Cet ensemble d’hétérogénéités liées se déployant dans différentes directions selon des principes de croissance et de contamination, fait apparaître un archipel, une cartographie spatialement et temporellement. Les superpositions, enchevêtrements et télescopages génèrent des complexes, dont la poétique doit nous faire partager le mystère du réel. Je les nomme sculpture-paysage. La sculpture y est un cadre temporel où a lieu une sédimentation. Étant imprégnée par les notions de fluidité et d’immersion, il s’agit aussi de tenter d’être eau, d’être temps; d’être une force agissante transformant la matière en éléments pouvant former un paysage, d’être Nature et d’en inventer se faisant des formes ontologiques. Quel sublime se cache dans l’ère de l’Anthropocène? Qu’est-ce ce moment de l’histoire de la Terre auquel l’humain devient force géologique et marque de son activité consommatrice les couches géologiques profondes? Effet collatéral de l’ empreinte à laquelle s’ajoute l’accumulation de déchets en un paysage artificiel envahissant, se substituant au Naturel? Je choisi de faire l’hypothèse d’un humain symbiotique comme autre alternative à un Univers sans l’homme. L ’artiste tente alors une approche inspirée d’autres cultures, du génie naturel et invente d’ autres rapports au monde. Il tente une expérience poétique; celle du temps géologique par des gestes qui sédimentent.  Comme chaque espèce, débattre à nouveau le contrat du monde et devenir. Voir la vidéo à propos de la résidence

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Je momifie, tu momifies, il …

Je momifie, tu momifies, il … Je momifie, tu momifies, il… , janvier 2015, anciens vêtements, 166,5 x 35 x 23 cm. Précédent Suivant Basse couture Basse couture, 2015, fragments de vieux tissus, boutons, cintre, Taille S. Les chausettes À Vif, Et si Achille , Chausettes Paon À vif, 2015, chaussette, perles rocaille, 69 x 40 x 11 cm. Et si Achille…, 2015, chaussette, aluminium, épingles, 58 x 40 x 11 cm. Voir le catalogue d’exposition       Catalogue Résistance (s) Tsama do Paço – Le monde en héritage Ce qui saisit avant toute chose dans la démarche artistique de Tsama do Paço, c’est la dimension poétique de ses œuvres en dépit d’une apparente économie de moyens. L’artiste travaille le fil, la terre, le verre, le papier, les perles, des matériaux du quotidien qui ont souvent déjà eu une première vie et en sont imprégnés physiquement ou symboliquement. Elle les associe, les transforme, crée de nouvelles formes afin d’obtenir des œuvres polysémiques empreintes parfois de réappropriations identitaires. La profondeur de l’œuvre de Tsama do Paço réside dans sa capacité à s’affranchir des normes et à réinventer le monde qui nous entoure. Son travail ne cesse de bouleverser les conventions du sensible et questionne le consumérisme dysfonctionnel qui règne dans les sociétés occidentales. Son univers est rempli d’objets et d’éléments divers qui résonnent entre eux, se répondent ou se télescopent. Elle parvient à nous interpeller en recristallisant des formes ou des objets préexistants. Pour cela, elle saisit, collecte ou transcrit des gestes, des affects, des savoirs, des mémoires, c’est-à-dire les éléments constitutifs d’un rapport au monde. Les contours de son travail sont flous et s’apparentent parfois à une forme de recyclage, d’autres fois à des recherches scientifiques ou encore sociologiques. Le tout s’inscrivant dans une esthétique de la faiblesse qui remet en cause la définition même de ce concept. Ce parti pris artistique propose un nouveau rapport au jugement, à la hiérarchie établie et invite notamment à reconsidérer l’opposition traditionnelle entre faible et fort. En effet, la faiblesse est habituellement ce qui manque de vigueur, de force; quelque chose de fragile ou qui présente une imperfection, une tare, une défaillance1. Tsama do Paço prend le contrepied de cette définition. Ses œuvres invitent à la contemplation de l’imperfection, et la faiblesse ou la maladresse deviennent des revendications face à la hiérarchisation. L’artiste considère que l’obstination des gestes faibles peut tendre vers le sublime. Il s’agit surtout pour elle d’une esthétique par défaut qui résulte de la rencontre entre divers matériaux. Elle s’accompagne d’une forte dimension poétique puisque Tsama do Paço perçoit la beauté dans les brèches et pense que « la mollesse, les aspérités, l’informe, le mal fait, l’exubérance des couleurs et des matières enrichissent le visible poli par la standardisation et la compétitivité ». Son langage plastique modeste est pourtant d’une grande sensibilité. Ses œuvres oscillent entre histoire personnelle et histoire universelle. Cela se révèle par exemple dans sa série Dessins de plis, réalisée en carbone sur papier de riz, qui revisite la notion de palimpseste. En effet, sur l’origami formé avec le papier, l’artiste dispose une image d’actualité qu’elle hachure, redéfinissant ainsi cette image issue de la mémoire collective. Le moment du dessin est pour elle un temps de silence, un temps de prière. Une fois déplié, l’origami laisse apparaître les plis et tracés qui le composaient, formant alors une cartographie d’un état du monde. Attrape Nuages, quant à elle, est une œuvre hybride ; à mi-chemin entre le dessin et l’installation. Réalisée à partir de scotch et de pigments disposés sur une fenêtre, elle joue sur la décomposition, l’abstraction et la transparence rendant ainsi les motifs difficilement perceptibles. Dans sa grammaire plastique, l’artiste ne se cantonne pas à une seule pratique, elle expérimente et laisse l’intuition régir l’action afin d’aborder la question de la légitimité et de faire contrepoids à cette société « virtuellement enchantée » dans laquelle nous évoluons. À la croisée des fils, des vêtements usés, des cartes et des différents types de terres, l’artiste réinvente sa vie et réalise des œuvres à sa mesure, avec une autonomie de gestes, les laissant déborder, perturber, rompre, réagir, interroger l’existant et le rendre à nouveau sensible. Selon elle, la réparation ou sublimation d’un objet usé par le biais de geste et de savoir-faire intuitifs ou maladroits « produit des objets magiques faisant intrusion dans le réel pour en bousculer les dogmes et transformer les comportements ». L’installation rassemblant Et si Achille et À vif, en est sans doute l’exemple le plus prégnant. Composée de chaussettes usagées, sublimées par l’artiste et suspendues à un cintre, cette œuvre est surprenante à bien des égards. En effet, le trou de la chaussette est laissé là, béant, tandis que le reste de cet objet, qui fut jadis un utilitaire, est recouvert d’aluminium ou de perles de rocaille. La chaussette sort alors de la banalité de la vie pour devenir matière à œuvre. Magnifiée et perdant son usage premier, la chaussette devient à la fois le support et le sujet de la réflexion. Dans sa pratique, l’art apparaît comme une mise en place d’un dispositif d’existence et l’on perçoit en filigrane la volonté de s’ouvrir au monde, de penser un nouvel « art de vivre » à l’instar des « Principes d’Économie Poétique » que préconisait le plasticien et théoricien Robert Filliou en opposition aux valeurs capitalistes : « À présent, écrit-il, il devient nécessaire d’incorporer la leçon de l’art en tant que liberté de l’esprit dans la vie quotidienne de chacun, afin que celle-ci devienne un art de vivre »2. Les principes d’équivalence et de création permanente sont également présents. En effet, le travail de Tsama do Paço échappe à la spécialisation. La perméabilité et la maladresse inhérentes à certaines œuvres interrogent notre jugement et reviennent sur la notion d’acceptation. À l’encontre du monde véloce dans lequel nous vivons, Tsama do Paço veut prendre - voire parfois perdre - le temps et essayer, tâtonner, laisser faire. Ses œuvres résistent et s’érigent face à cette société basée sur la vitesse et

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