septembre 2019

Uchronie géologique

Uchronie géologique, les gestes qui sédimentent Uchronie géologique 43°51’46.9’’N 1°30’10.1’’E: mégalithe où méga = petit et litho = fragment, avril 2018, fragments de verre, cire, miroir, 90 x 210 x 35 cm. Précédent Suivant Là où le verre respire Le verre peut se briser, il est la matérialité du fragile. Sa physicalité porte la potentialité de la fracture. Au niveau de la brèche, de la faille, des bords écorchés, à vif, on devine la chute, l’acte de violence. C’est là que j’ai décidé d’oeuvrer, là où le verre respire. Comme le verre, nous sommes fragiles, nous portons les potentialités de la chute et de la fracture. La fragilité est constitutive de l’humain, de la condition humaine. Elle est quotidiennement refoulée mais elle resurgit dans cette attirance pour les ruines. Le dépôt d’or vient orner la chute, la feuille d’or révèle le trait. Le bord, profondeur du contour, épaisseur de l’interstice. Il reçoit aussi la cire chaude, grasse, le fluide chair qui sédimente. Cette matière est un absolu, elle navigue entre les règnes : animal, végétal, minéral. À partir des bords, vers le vide, à l’inframince, peuvent aussi s’inventer des extensions, des prolongations, une croissance, ou encore un dessous, un sous le fragment, tel un iceberg, un arbre, toute surface de la biosphère possédant une profondeur insoupçonnée. Les gestes se font temps, fluide, ils sédimentent. Il y a du géologique dans ce minuscule, dans cet infime, dans cette lente mais infinie répétition. La sculpture est une histoire de couches et de gouttes. Les strates s’accumulent, l’artiste se prête au fluide, cherche la sculpture liquide. Le fragment devient coquillage, fossile, minéral ou même paysage. Cela indépendamment de sa taille, on passe d’une échelle à l’autre, mais il est toujours question de temps et de ce qui se dépose. Le fragment est tout, le détail comme l’ensemble. Le paradoxe du fragment, témoin de la perte d’une totalité mais en même temps parcelle absolue, apparaît encore sur la tranche, là où il y a coupure. La brèche montre le manque. Le verre lui-même est dans sa matérialité paradoxe, sa transparence le dissout dans le tout environnant, qui lui passe à travers. Regarder dessous jusqu’à inverser, mettre le paysage à l’envers et la coulée vers le haut… L’empreinte de la forme dessine d’infinies possibilités de prises de forme. Le lien entre les temps est ainsi fait. Un ensemble d’êtres nouveaux naissent par symétries, translations, rotations du module fragment, de sa forme empreinte. Il peut aussi par sa présence, sa physicalité créer les ondes d’une forme en cristallisation chez les tissus pierre. Chacune de ces unités, issues d’une violence faite à une totalité précédente, devient un tout, l’outil, l’atome d’un monde nouveau. Le fragment devient un motif, une particule élémentaire, en plus d’être un pont, point de suture entre passé et futur.

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Tissus fossiles

Les gestes qui sédimentent, Tissus fossiles Tissus fossiles, avril 2018, fragments de verre, tissus, série d’éléments de dimensions variables. Précédent Suivant Résidence de recherche à Villemur sur Tarn Ce projet a été commencé lors d’une résidence à Villemur sur Tarn en 2018 en lien avec le contexte. Il fait partie d’une recherche à propos des gestes qui sédimentent. Les gestes qui sédimentent Les gestes qui sédimentent La plasticité du monde est un terrain de jeux pour la création. Prélève des processus d’apparition de formes à ré-inventer dans l’atelier, explore la beauté des cartes, cherche la poétique du temps géologique, empreinte les matières du monde… Quel est le devenir-paysage de la matière transformée par la nature humaine? Comment faire œuvre que ce soit en sculpture ou en dessin, par des gestes qui sédimentent, par le devenir volume de la surface? Autrement dit, comment sculpter et dessiner par strates, par sédimentation, par accumulation d’un infime phénomène dans le temps? Comment cet infime, ce presque non visible devient un principe modelant? La sédimentation m’intéresse car la forme change de genèse. Elle émerge des interactions de couches, à la fois au niveau de la matière même de la forme qu’à celui de l’ensemble des éléments convoqués pour la naissance d’une oeuvre. L’accumulation de surfaces devient profondeur ou croissance. La sculpture devient une histoire de couches et de gouttes. L’artiste se prête au fluide. Et cette fluidité fait paysage. La superposition s’étend à différents niveaux. Puisque nous questionnons le réel par différents angles et disciplines, la matière investit diverses représentations. Elle se juxtapose à des couches de savoirs, de signes dont les symboles, d’informations à la fois scientifiques et poétiques. Cet ensemble d’hétérogénéités liées se déployant dans différentes directions selon des principes de croissance et de contamination, fait apparaître un archipel, une cartographie spatialement et temporellement. Les superpositions, enchevêtrements et télescopages génèrent des complexes, dont la poétique doit nous faire partager le mystère du réel. Je les nomme sculpture-paysage. La sculpture y est un cadre temporel où a lieu une sédimentation. Étant imprégnée par les notions de fluidité et d’immersion, il s’agit aussi de tenter d’être eau, d’être temps; d’être une force agissante transformant la matière en éléments pouvant former un paysage, d’être Nature et d’en inventer se faisant des formes ontologiques. Quel sublime se cache dans l’ère de l’Anthropocène? Qu’est-ce ce moment de l’histoire de la Terre auquel l’humain devient force géologique et marque de son activité consommatrice les couches géologiques profondes? Effet collatéral de l’ empreinte à laquelle s’ajoute l’accumulation de déchets en un paysage artificiel envahissant, se substituant au Naturel? Je choisi de faire l’hypothèse d’un humain symbiotique comme autre alternative à un Univers sans l’homme. L ’artiste tente alors une approche inspirée d’autres cultures, du génie naturel et invente d’ autres rapports au monde. Il tente une expérience poétique; celle du temps géologique par des gestes qui sédimentent.  Comme chaque espèce, débattre à nouveau le contrat du monde et devenir. Voir la vidéo à propos de la résidence

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